Le radon, un gaz radioactif inodore et incolore, est une cause majeure de cancer du poumon après le tabagisme. En France, on estime que l’exposition au radon est responsable d’un nombre significatif de décès par cancer du poumon chaque année. Ce gaz peut s’infiltrer dans nos maisons par le sol, les fissures dans les fondations, ou même certains matériaux de construction. Pourtant, la plupart des gens ignorent sa présence et ses dangers potentiels.

Avec l’essor des travaux d’amélioration de l’habitat visant à accroître l’efficacité énergétique, il est essentiel de considérer le risque radon. Une rénovation mal planifiée peut paradoxalement augmenter la concentration de radon à l’intérieur, transformant un projet d’amélioration du confort et de la santé en un piège invisible. Détecter et traiter le radon est donc une étape indispensable pour garantir un environnement sain et maximiser les bienfaits de votre rénovation.

Le radon : un ennemi invisible dans nos maisons

Le radon est un gaz radioactif d’origine naturelle issu de la désintégration de l’uranium et du radium présents dans la croûte terrestre. Inodore, incolore et insipide, il est indétectable par les sens humains, ce qui le rend particulièrement insidieux. Il se forme continuellement dans le sol et peut s’infiltrer dans les bâtiments par diverses voies. Une fois inhalé, le radon se désintègre et émet des particules alpha qui peuvent endommager les cellules pulmonaires, augmentant ainsi le risque de cancer du poumon. La concentration de radon se mesure en Becquerels par mètre cube (Bq/m³).

Les sources du radon

  • Sol : Le sol est la principale source de radon. L’uranium présent dans certaines roches se désintègre en radium, qui à son tour se désintègre en radon. Les sols granitiques, schisteux ou volcaniques sont particulièrement susceptibles de contenir des concentrations élevées d’uranium. Certaines régions de Bretagne, du Massif Central et des Vosges sont considérées comme des zones à haut potentiel radon.
  • Matériaux de construction : Certains matériaux, comme certains types de granit utilisés pour les dallages ou les revêtements, peuvent également contenir du radon. C’est particulièrement le cas des matériaux anciens, avant que des normes strictes ne soient mises en place.
  • Eau : L’eau de puits peut également être une source de radon, surtout dans les régions où les sols sont riches en uranium. Il est recommandé de faire analyser l’eau de puits si vous l’utilisez pour la consommation ou l’irrigation.

Facteurs influençant la concentration de radon

  • Géologie locale : La nature et la composition du sol sont des facteurs déterminants. Les sols poreux et fissurés facilitent la migration du radon vers la surface.
  • Type de construction : Les maisons avec sous-sol ou vides sanitaires sont généralement plus exposées au radon que les maisons sans sous-sol. L’étanchéité des fondations et la qualité de la ventilation jouent également un rôle important.
  • Saison : La concentration de radon est souvent plus élevée en hiver, car les maisons sont moins ventilées et la différence de pression entre l’intérieur et l’extérieur favorise l’aspiration du radon du sol.
  • Ventilation : Une ventilation insuffisante favorise l’accumulation du radon à l’intérieur des bâtiments.

Comment le radon pénètre dans nos maisons

  • Fissures dans les fondations : Les fissures dans les fondations, même minimes, constituent des voies d’entrée privilégiées pour le radon. La dépression créée à l’intérieur de la maison par le chauffage aspire le radon à travers ces fissures.
  • Passages de canalisations : L’espace autour des tuyaux et des câbles qui traversent les fondations peut également permettre au radon de s’infiltrer.
  • Sols poreux : Les sols poreux ou mal compactés sous la maison peuvent laisser passer le radon.
  • Puits et drains : Les puits et les drains non étanches peuvent constituer des connexions directes avec le sol et faciliter la migration du radon.

Radon vs. autres polluants intérieurs

À la différence du monoxyde de carbone (CO), qui est produit par la combustion incomplète et détectable par des détecteurs spécifiques, ou du formaldéhyde, émis par certains matériaux de construction et meubles, le radon est un polluant particulièrement sournois. Il est inodore, incolore et ne provoque pas d’irritation immédiate, ce qui rend sa détection beaucoup plus difficile et souligne l’importance du dépistage systématique.

Rénovation énergétique : potentiel amplificateur (ou réducteur) du risque radon

L’amélioration de l’habitat est une démarche essentielle pour accroître le confort de nos logements et diminuer notre consommation d’énergie. Toutefois, il est crucial de comprendre que les travaux peuvent avoir un impact significatif sur la concentration de radon à l’intérieur. Certaines améliorations peuvent aggraver le problème si elles ne sont pas réalisées en tenant compte du risque radon, tandis que d’autres peuvent contribuer à le réduire.

Comment une rénovation énergétique peut aggraver le problème du radon

  • Amélioration de l’étanchéité : L’amélioration de l’étanchéité à l’air est un objectif clé des travaux d’amélioration de l’habitat. Cependant, en réduisant les fuites d’air, on diminue également la ventilation naturelle, ce qui peut piéger le radon à l’intérieur. Par exemple, l’installation de nouvelles fenêtres performantes, bien qu’elle réduise les pertes de chaleur, peut aussi augmenter la concentration de radon si la ventilation n’est pas améliorée en parallèle.
  • Isolation du sol et des murs : L’isolation du sol et des murs peut empêcher le radon de s’échapper, augmentant ainsi sa concentration à l’intérieur.
  • Fermeture de bouches d’aération et de cheminées inactives : La fermeture de bouches d’aération ou de cheminées inactives peut bloquer les voies d’évacuation du radon.

Comment une rénovation énergétique peut réduire le problème du radon

  • Amélioration de la ventilation : L’installation d’une VMC performante (simple ou double flux) permet de renouveler l’air intérieur et d’évacuer le radon. La VMC double flux, en particulier, permet de récupérer la chaleur de l’air extrait, ce qui améliore l’efficacité énergétique tout en réduisant le risque radon.
  • Traitement des fissures : Le colmatage des fissures dans les fondations empêche le radon de s’infiltrer dans la maison.
  • Installation d’un système d’extraction du radon : Un système d’extraction du radon, installé sous la dalle, permet d’aspirer le radon du sol et de le rejeter à l’extérieur.
  • Création d’une barrière anti-radon : L’installation d’une membrane imperméable sous la dalle lors de la construction ou de la rénovation constitue une barrière efficace contre le radon.

Il est essentiel de souligner que les travaux d’amélioration de l’habitat doivent être conçus en tenant compte du risque radon. Intégrer cette problématique dès la phase de planification permet de choisir les solutions les plus adaptées et d’éviter d’aggraver la situation.

Détection du radon : comment s’y prendre ?

Le dépistage du radon est une étape cruciale, surtout avant et après les travaux d’amélioration de l’habitat. Il est impossible de se fier à son intuition pour détecter la présence de radon, car il est inodore, incolore et insipide. La seule façon de savoir si votre maison est concernée est de réaliser une mesure.

Les différentes méthodes de détection

Méthode Fonctionnement Avantages Inconvénients Coût indicatif Utilisation recommandée
Dosimètres passifs (court terme) Détection de particules alpha sur une période courte (quelques jours/semaines). Facile à utiliser, peu coûteux. Nécessite une analyse en laboratoire, résultats retardés, mesure sensible aux variations. 20-50 € Dépistage rapide, identification des zones à problèmes.
Dosimètres passifs (long terme) Détection de particules alpha sur une période longue (plusieurs mois). Mesure plus précise et représentative de l’exposition annuelle. Nécessite une analyse en laboratoire, résultats retardés. 50-100 € Évaluation précise de l’exposition au radon, indispensable après rénovation.
Détecteurs électroniques Mesure continue de la concentration de radon. Résultats en temps réel, suivi de l’évolution de la concentration. Plus coûteux, nécessite un étalonnage. 200-500 € Suivi régulier de la concentration, optimisation des mesures de remédiation.

Protocole de mesure

  • Placement des détecteurs : Placez les détecteurs dans les pièces de vie (chambre, salon), au rez-de-chaussée ou au sous-sol, loin des fenêtres et des portes. Évitez les endroits exposés aux courants d’air.
  • Durée de la mesure : Privilégiez une mesure à long terme (plusieurs mois) pour une évaluation plus précise de l’exposition au radon. L’hiver est la période la plus propice à la mesure, car les maisons sont moins ventilées.
  • Conditions de la mesure : Respectez les instructions du fabricant concernant les conditions de mesure (fenêtres et portes fermées pendant la période de mesure, etc.).
  • Interprétation des résultats : Le seuil de référence de la concentration de radon en France est de 300 Bq/m³. Si la concentration mesurée dépasse ce seuil, il est nécessaire de mettre en place des actions de remédiation.

Solutions et remédiations : agir pour un habitat sain

Si les résultats de la mesure de radon révèlent une concentration supérieure au seuil de référence, il est important de mettre en place des solutions de remédiation. Il existe différentes techniques, allant de l’amélioration de la ventilation au traitement des fissures, en passant par l’installation d’un système d’extraction du radon.

Ventilation

  • Amélioration de la ventilation naturelle : La création d’ouvertures et l’utilisation de grilles d’aération peuvent améliorer la ventilation naturelle et diminuer la concentration de radon.
  • Installation d’une VMC (simple flux ou double flux) : La VMC permet de renouveler l’air intérieur de manière continue. La VMC double flux est plus performante, car elle permet de récupérer la chaleur de l’air extrait, ce qui améliore l’efficacité énergétique. Il est important d’assurer une installation et un entretien appropriés de la VMC pour garantir son bon fonctionnement.

Traitement des fissures

  • Colmatage des fissures : L’utilisation de mastics spécifiques permet de colmater les fissures dans les fondations et d’empêcher le radon de s’infiltrer.
  • Injection de résine : Pour les fissures plus importantes, l’injection de résine peut être nécessaire pour assurer une étanchéité durable.

Système d’extraction du radon

Le système d’extraction du radon consiste à créer une dépression sous la dalle, à aspirer le radon du sol et à le rejeter à l’extérieur. L’installation de ce système nécessite l’intervention d’un professionnel qualifié. Il existe des systèmes actifs (avec ventilation forcée) et passifs (sans ventilation forcée).

Barrière anti-radon

L’installation d’une membrane imperméable sous la dalle lors de la construction ou de la rénovation constitue une barrière efficace contre le radon. Les matériaux utilisés sont généralement du polyéthylène haute densité (PEHD) ou du bitume.

Cas concret : amélioration de l’habitat et remédiation

Prenons l’exemple d’une maison située dans une zone à risque radon. Avant les travaux, une concentration de 450 Bq/m³ a été mesurée. Les travaux ont consisté à isoler les murs par l’intérieur, remplacer les fenêtres et installer une VMC double flux. En parallèle, un système d’extraction du radon a été installé sous la dalle. Après les travaux, la concentration a été ramenée à 120 Bq/m³, bien en dessous du seuil de référence. Ce cas illustre l’importance d’intégrer la remédiation du radon dans un projet d’amélioration de l’habitat.

Coûts et aides financières : estimer et optimiser

Il est crucial d’évaluer les coûts associés au diagnostic et à la remédiation du radon et de connaître les aides financières disponibles pour en alléger la charge. Une bonne connaissance de ces éléments peut encourager les propriétaires à entreprendre les actions nécessaires.

Estimation des coûts

Type d’intervention Coût indicatif
Diagnostic radon (dosimètre) Entre 20 et 100 €
Colmatage des fissures Entre 500 et 2000 €
Installation d’une VMC simple flux Entre 500 et 1500 €
Installation d’une VMC double flux Entre 2500 et 6000 €
Installation d’un système d’extraction du radon Entre 2000 et 5000 €

Aides financières

  • Aides nationales :
    • MaPrimeRénov’ : Cette aide est accessible à tous les propriétaires, occupants ou bailleurs, et est calculée en fonction des revenus et du gain écologique apporté par les travaux.
    • Eco-prêt à taux zéro : Ce prêt permet de financer des travaux de rénovation énergétique sans intérêts. Il est cumulable avec MaPrimeRénov’ sous conditions.
    • TVA réduite à 5,5% : Cette TVA s’applique à certains travaux d’amélioration de la performance énergétique.
  • Aides régionales et locales : Il est important de se renseigner auprès de votre région et de votre commune pour connaître les aides financières spécifiques disponibles. De nombreuses collectivités locales proposent des aides pour la réalisation de diagnostics radon ou pour la mise en place de solutions de remédiation. Vous pouvez consulter le site de l’ ANIL (Agence Nationale pour l’Information sur le Logement) pour trouver les aides disponibles dans votre région.

Il est fortement recommandé de faire appel à des professionnels qualifiés RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) pour la réalisation des travaux d’amélioration de l’habitat et de remédiation du radon. Ces professionnels possèdent les compétences et les certifications nécessaires pour garantir la qualité des travaux et vous faire bénéficier des aides financières.

Agir pour un habitat sain et économe

Le diagnostic et le traitement du radon sont des éléments indissociables d’une rénovation réussie. En prenant en compte le risque radon dès la planification, vous pouvez améliorer l’efficacité énergétique, protéger votre santé et celle de votre famille.

N’attendez plus, faites tester votre logement et consultez un professionnel qualifié pour évaluer le risque et mettre en place des solutions adaptées. Votre santé est une priorité. Pour en savoir plus sur le radon, vous pouvez consulter le site de l’ IRSN .